Album Marguerite Duras Christiane Blot-Labarrère Pléiade

Magazine

Duras en ses images par Jean-Paul Gavard-Perret

Marguerite Duras par Roger ParryMarguerite Duras, Œuvres complètes, tome III et IV, La Pléiade, Gallimard, 2014. « Album Marguerite Duras », Christiane Blot-Labarrère, Album Pléiade, 2014, « Le Livre dit - Entretiens de Duras filme »,  Collection Les Cahiers de la NRF .

Duras c’est aujourd’hui l’album qui paraît dans La Pléiade avec les tomes 3 et 4 des œuvres complètes. Avec ses images et pour les imaginer. Il y a les photos de l'enfance. Duras figée dans l'attente du déjà su. Et depuis toujours accompli. Se demander  à travers ces photos qui parle déjà en elle. La petite, la pute, la mère, l’amante ? Non juste l’écrivaine pour qui le monde comme les souvenirs sont trop grands et trop petits. Restent les images (jusqu’aux « Rochers noirs » puis les mots rien  que les mots . Ce  sont  les enfants du silence. Mais ce silence qui appartient à Duras et  pas seulement celui de l'immense chaos et de la grande nuit antérieure.

 

Marguerite Duras par Roger Parry

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L’album rappelle que Duras n’a pas toujours été vieille. Il y eut bien sur l’enfance, l’amant de la Chine du Nord mais aussi ceux qu’elle nomma « Les Impudents ». Morin, Merleau-Ponty, Bataille pour les soirées. Selon Duras tout le monde couchait avec tout le monde. Il y avait bien sur l’amant légitime Anthelme et qui  - quoique pas drôle - se marrait un peu. Mais elle est follement amoureuse de Dyonis(os) Mascolo et de ses « yeux verts » : « le soleil est entré dans mon bureau ». Il y eut aussi le voisin de la rue Saint Benoît, Maurice Nadeau. Duras écrit  « C’est un écrivain qui compte… ». Les points de suspension sont importants. (Lucide Nadeau n’en croit pas un mot). Quant au cinéma de la réalisatrice il n’y vit que du noir. « C’était une amie proche »… On appellera cela noyer le poisson.  Duras c’est ce qu’on n’ose dire  d’elle : se donner aux autres pour avoir de l’argent. L’amant, le chinois, c’était du fric pour la famille qui ne saura rien de ses frasques. « Pute » se dit-elle.  Et pas seulement de la côte normande. Sainte et manipulatrice aussi. Du silence entre ses voix impénétrables. Derrière la vitre. De divers taxis qui la mènent là où elle se donne pour sauver son homme du pire. Une sorte de Piaf – sa chanteuse préférée. Même si pour Duras la musique c’est moderato cantabile.

Duras et le bleu de la mer. Argent de la rivière. Pythie en Vologne pour transgresser le passé et le mettre aux arrêts. Sorcière par intelligence. Impasse et excès. Le charme du trivial des histoires d’amour. Marguerite voit des mariages d’amour partout. Capri n’est jamais fini. Yann est arrivé. Zorro de conduite. Mais son théâtre est tragique. Ne peut s’y jouer que la passion. Et le manque. A partir de la froideur la chaleur est intense. C’est pourquoi elle aime tant Racine. Ne pas le jouer mais le lire et le relire. Duras c’est encore, l’alcool – l’enfer, le néant. Le Central et  ses soles. Les glaces de Pont l’Evêque après les tartes salées l’année d’avant. Remettre du rouge à lèvres. Yann en miroir pour la guider. Avant qu’il disparaisse lui aussi. On le cherche. Au couvent paraît-il. Mais on ne n’est pas sûr. Seul signe de vie une silhouette assise. Sexe indifférent. Regarder encore. Lumière faible. Couleur aucune. Percussion pianissimo de bout en bout.

L’album ramène au désert du temps de l'enfance à la mort dans un si long présent et  un si insistant avenir.  Quel désespoir la secourait ? Souvenons-nous de son impression de vivre à découvert sur le néant en complice du destin.  Plus tard, en Normandie (pas celle de Maupassant), la nappe des avoines et des pommes de terre jusqu'à l'orée des bois. Cris des oiseaux nocturnes (hululements de chouette qui lui glaçaient le sang y laissant infuser de mauvais présage) dans l'entonnoir de la lune.  Mais ces cris, les a-t-elle vraiment perçus ? Dans l'onde verbale elle préservait la perte de l'ouverture première. Entendre par là ce qui fut pour elle de l'étendue :  l'espace qui s'étend en soi-même, immense, sans mesure à la hauteur de l'horizon, de ses lointains. Etendue elle s’y laissa prendre. Y prit goût ;  Histoire de savoir, faire et défaire. Mais il s'agissait chaque fois d'un désert dans l'absolu de l'image qui se lève, ouvrant le jour du monde à la nuit dans le rêve de devenir sans mémoire. Le redoutant toutefois encore plus : être sans parole c'est se priver de parole. Souvenons-nous. Duras n'ayant cesse, jusqu'en son " cinéma ", d'éviter la traîtrise de la métaphore. Seule l'image parle le creux sur l'écran de son propre silence. Tandis que sous ses feuilles empilées elle espérait ne pas trouver un acte de naissance.

Jean-Paul Gavard-Perret

Christiane Blot-Labarrère
Album Marguerite Duras
Iconographie commentée


Parution le 13 Mai 2014  
Albums de la Pléiade, n° 53
Les Albums de la Pléiade ne sont pas mis en vente, mais offerts gracieusement par les libraires, à l’occasion de la Quinzaine de la Pléiade, pour l’achat de trois volumes de la collection ; les albums ne seront pas réimprimés.
256 pages, ill., rel. Peau, 105 x 170 mm
ISBN : 9782070134854
Code distributeur : A13485
GENCOD : 9782070134854


{Vente art contemporain} {Art Paris}Marguerite Duras
Le Livre dit
Entretiens de Duras filme

Édition de Joëlle Pagès-Pindon
Collection Les Cahiers de la NRF, Gallimard
Parution : 13-05-2014
240 pages, 140 x 205 mm

Genre : Mémoires et autobiographies
Thèmes : cinéma / littérature
Catégorie > Sous-catégorie : Connaissance > Littérature
Époque : XXe siècle
ISBN : 9782070145393 - Gencode : 9782070145393 - Code distributeur : A14539

 

 

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